L’archer et son disciple

Cet extrait, issu du Taoisme, décrit la posture du Maître (coach) et son disciple (client) dans une relation d’accompagnement…. 
Lisons ce texte avec la lenteur de l’archer pour dépasser les concepts et ressentir!

L’archer et son disciple. Une légende du Taoisme

Lorsque Yi se présenta à un Maître fameux de tir à l’arc pour devenir son disciple, le Maître lui montra dans le coin d’une fenêtre une minuscule araignée qui tissait tranquillement sa toile. Il lui ordonna d’observer attentivement l’insecte, quand il verrait l’œil de l’araignée aussi gros qu’une vache, il pourrait revenir le voir. Au début Yi avait du mal à voir l’araignée mais il persévéra et au bout de trois ans put revenir voit le Maître

Le Maître accepta alors de le prendre pour disciple, mais lui fit faire un serment : « tu dois me promettre qu’à la fin de mon enseignement, tu accepteras de me défier et de me tuer, car quand j’aurai fini de t’enseigner mon art, tu seras meilleur que moi. » Yi refusa de promettre. Le Maître demeura insensible à ses arguments. S’il désirait ardemment son enseignement, il devrait se soumettre et promettre. Il promit, la mort dans l’âme.

Après bien des années, le jeune Yi était devenu un archer accompli dans la force de l’âge, et le Maître un vieillard proche de la fin. Le Maître convoqua Yi et lui dit que le moment était venu de tenir sa promesse. Yi  ne put retenir ses larmes et, se jetant aux pieds de son Maître, l’implora de le libérer de son serment, tant il était évident que s’il se mesurait à son Maître en un combat singulier, il allait sans aucun doute le tuer. Le Maître fut de nouveau intraitable et lui donna rendez-vous le lendemain à l’aube dans le champ où ils avaient l’habitude de s’entraîner toutes ces années.

Le lendemain, quand Yi arriva dans le champ, le Maître avait  revêtu ses habits de cérémonie comme lorsqu’il tirait devant l’Empereur et la Cour. Il était magnifique. Yi fut subjugué. Il s’agenouilla et posant son arc et ses flèches à terre, refusa de tirer sur son Maître

Le Maître entra dans une violente colère. Dans la voie sublime du tir à l’arc, il n’y a rien de pire que la désobéissance d’un disciple envers le Maître qui lui a enseigné.

Ils se placèrent face à face à environ 60 m et, très lentement, bandèrent leurs arcs et attendirent sans tressaillir l’instant fatal… Les deux flèches se rencontrèrent à mi-distance, et se fracassèrent.

Le Maître salua profondément son disciple, se retira, et disparut à tout jamais.

Sur ses vieux jours, Yi l’archer, tirait sans arc et sans flèche ; il avait même oublié ce qu’était un arc.

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Ton corps dit …

Je considère que ce document sur le corps est riche et apprenant… Pour un Coach et pour chacun de nous.
Je vous ferai part bientôt d’un atelier concernant « le langage du corps » 

Ton corps dit Lise Bourbeau

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Le silence en coaching

Réflexions sur le silence…

Le Silence
Le silence est le langage de la pensée
Le silence n’existe pas sans les mots ; les mots n’existent pas sans silence
Le silence participe à faire du coaching un art qui repose sur une attention sans intention
Le silence est une technique simple, humble, légère et minimaliste
Le silence offre un espace de pensée, tellement rare, qu’il devient un véritable luxe
Le silence ne laisse plus de place à l’ego du coach
Comprendre que le silence est important est une simple connaissance.
Savoir se taire et écouter avec aisance et profondeur est pour beaucoup une compétence acquise.

Le silence en coaching

    1. Pourquoi ce sujet ?

Si j’ai choisi ce thème pour la troisième partie du mémoire ce n’est pas par hasard. Ce sujet me tient à coeur, je l’ai décidé au premier jour de la formation sans en changer sur la durée.

Le silence était au coeur de la plupart des enseignements que j’ai reçus dans mes activités extra-professionnelles artistiques. Silence que j’associe à présence puissance, relief, imaginaire. Il m’a été enseigné en musique, en art théâtral, en peinture. Le silence sans lequel il n’y a rien à montrer ! En littérature Alain Robbe-Grillet expliquait l’importance du « manque », du « silence », par ce qu’il permet au lecteur en s’insérant dans le livre et en apportant sa propre histoire. Nous connaissons tous la force des silences en musique et les espaces « vides » en peinture qui permettent au regard de se poser sur l’essentiel.

Pas de théâtre non plus sans silence qui offre au spectateur de faire marcher son imaginaire. Le silence, c’est la bonne nouvelle qu’il y a de la vie quelque part !

Puis, le silence m’a accompagnée dans mes activités sportives. Silence que j’associe ici à paix intérieure et réflexion. Activités menées dans une sorte de silence intérieur permettant juste une attention aux gestes et libérant un espace de pensées personnelles.

En parachutisme, il me reste ce souvenir extraordinaire de descendre seule ces 3000 mètres qui nous séparent du ciel et de la terre … en plein silence. Une qualité de silence qui n’existe que dans les airs. Moment qui fait place à la contemplation. Regarder, penser, être prêt à agir, admirer et taire.

Dans mon métier de consultant-formateur, j’ai tout de suite appris à écouter le client et à faire silence pour entendre ses besoins, ses motivations, son environnement… En formation, j’ai compris qu’il fallait se taire aux moments clés pour donner la place à ses participants. En module consacré à l’art oratoire et à la prise de parole en public, j’insiste beaucoup sur cette maîtrise du silence. Pendant les moments de silence se fait la compréhension de l’auditoire.

Ce sont aussi les silences qui permettent d’attirer l’attention sur ce qui précède ou ce qui suit. Qui dit absence de silence, dit souvent précipitation. C’est la peur qui n’est pas bien loin.

Dans des temps de pauses spirituelles, j’apprends à goûter les temps de silence. Et je vis les repas en silence. Ici le silence prend sens dans la disponibilité à l’autre. Un geste, un regard, une respiration, rien n’échappe à une attention fine développée dans ce contexte de « non parole ». Une occasion pour devenir disponible à l’autre.


    2. Une énergie tirée du silence et du bruit de la communication

Je finis par penser que le silence prend une place toute particulière dans ma vie et m’a construite. Oui, j’ai goût pour le silence et je suis consciente de ses atouts. Je mettais mes enfants dans un effroi terrible quand, petits, je leur demandais à table de faire un peu de calme en « faisant monastère »! L’un d’entre eux m’a répondu un jour avec un gros soupir: « ça suffit, maman, une fois par an, seulement ! ».

Je n’ai pas peur d’accueillir le silence. J’aime notre « bout du monde du Cotentin » parce qu’il symbolise lui aussi le calme, le silence. L’effervescence de nos vies citadines et bruyante provoque un besoin irrésistible de silence intérieur et extérieur. Besoin de se ressourcer, besoin de profondeur, besoin de spiritualité.

Quant au morne silence de mon enfance, dans la famille Martin, ou dans ma chambre de lycéenne, c’est celui qui me fait aimer aujourd’hui le bruit du monde. En écho, je suis donc tout autant passionnée par ce qui bouge, par l’effervescence, par la parole, par le chahut. C’est maintenant certainement cet équilibre «silence-sons » qui m’est précieux.

Assoiffée de communication vers les autres, suite à cette enfance trop calme, j’aurais pu devenir « l’agitée de service »! Attentive à l’équilibre, j’ai cherché ces temps de silence. En tirant les deux fils en même temps, me voilà dans la cohérence et la logique d’une belle énergie et d’une belle vitalité.

   3. Entrée en scène à HEC

A HEC, le premier enseignement que je reçois est celui du silence, de l’épure, de la simplification. J’ai pu relever cette année un certain nombre de phrases, d’expressions de nos intervenants sur ce thème. En voici quelques unes que j’ai notées car elles représentent bien ce qui me paraît être l’intérêt du silence. La fréquence d’évocation de ce thème me confirmait aussi qu’il s’agissait-là d’un des « outils » majeurs du coaching. Je les livre sans ordre particulier que celui de leur « entrée en scène ».

– « Le coaching est une rencontre entre deux inconscients avec nécessité d’identifier les transferts et contre-transferts qui permettent à la relation de s’établir.

Nous-nous imaginons beaucoup plus que nous-nous voyons. D’où le travail sur l’écoute qui passe par le questionnement et le silence ».

– « Le silence a deux utilités : le silence « fin de séquence » grâce auquel le coach va reformuler. Et le silence « facteur de réflexion » pour permettre au coaché d’aller chercher au plus profond de lui-même ».

– « Il y a le silence panique et le silence porté, assumé ».

– « Le monde est fait de ses contraires : « nuit-jour », « vide-plein », « rapide-lent », « peurdésir», « silence-bruit », sachons explorer nos polarités et nos zones d’ombre ».

– « Le coaching est un processus lent, celui du respect. Processus qui ouvre à l’incursion dans le monde de l’autre. En mariant silence et bienveillance, nous avons là ce qu’on appelle le coaching ».

– « Laissons parler l’autre jusqu’au bout du bout : il y a tant de choses dans un « voilà !!!», dans une onomatopée de fin de phrase, dans un dernier silence, dans une intonation ».

– « Silence et présence sont si compatibles ».

– « Ecouter, ce n’est pas tendre l’oreille, c’est détendre le corps ».

– « Il faut parfois un silence, même très long pour que le coaché « ose » exprimer un besoin.

Un besoin non exprimé, non reconnu c’est la faute du coach ».

– « Le silence est la première meilleure question du coach ! »

– « La grâce comble, mais elle ne peut entrer que là où il y a un vide pour la recevoir», Simone Weil. Ce « vide » n’est pas toujours facile à vivre, mais il a sans aucun doute besoin de silence.

– « Quelle est notre capacité à remettre en cause nos images si devant une objection et avant de répondre, nous ne sommes pas en mesure de faire silence ? »

– « La chose la plus importante en communication, c’est d’entendre ce qui n’est pas dit » Peter Drucker. Et ceci ne peut se faire dans le bruit de la conversation.

– « Le coach écoute avec ses deux oreilles, avec son coeur, avec ses yeux et tous ses sens. Il sent, pressent, ressent, écoute les propos, mais surtout se met en résonance avec le contexte, le mental, l’émotionnel, le physique, l’énergétique, l’environnemental. Il a besoin de faire silence. Le vide qu’il crée appelle le plein. Le plein en émotions, en pensées, en motivations, en intuitions en inspirations. Il ne cherche pas à combler l’espace de la relation ».

– « Le coaching est un travail sur les émotions ; pas besoin de coup d’éclat…très souvent les états émotionnels intenses se manifestent par le silence ».

    4. Les fonctions du silence en coaching

Au-delà de cette liste à la Prévert, il me paraît important de reprendre ce qui finalement représente les fonctions principales du silence en coaching :

– faire silence en coaching et se taire à des moments stratégiques, c’est offrir la possibilité au coaché de réfléchir, de chercher de nouvelles images, des mots qui lui sont inconnus et hors de son univers habituel.

– faire silence, c’est offrir une disponibilité inconditionnelle au coaché.

– faire silence, c’est amener le client à se développer, à se chercher, à s’épanouir, à se trouver, à se définir, à se déployer et ce, libre d’influences externes.

– faire silence, c’est offrir au coaché un espace de liberté pour le ramener à sa réflexion.

– dans un parcours d’accompagnement type coaching, le silence indique cette posture de confiance totale quant à la capacité du coaché de réussir comme il le souhaite et à son propre rythme.

– faire silence, c’est provoquer le vide, puis le plein, tout comme le permettent les questions ouvertes puissantes, la reformulation, l’utilisation d’un mot-clé en miroir…Le coach s’abstient de combler le silence avec ses propres pensées, ses émotions, ses connaissances, ses projets, ses solutions et surtout ses impatiences. La qualité de l’attention du coach détermine la qualité de la pensée du coaché pour qu’il puisse explorer un nouveau territoire intérieur.

    5. Apprendre le silence ?!

Je suis convaincue que cette posture du silence s’apprend. Chacun peut s’entraîner.

Des exercices et des jeux peuvent permettre de travailler et d’apprécier ses capacités à écouter et à faire silence. J’ai déjà moi-même pratiqué certains d’entre eux et j’en connais les bénéfices. Je vous propose ci-dessous l’un d’entre eux.

Exercice : S’efforcer consciemment dans une conversation à garder le silence le plus longtemps possible après avoir posé une question ouverte à son interlocuteur et observer ce qui se passe sur l’axe du temps en jouant ainsi le rôle d’observateur et d’acteur.

Constats :

a) Lorsque l’on pose une question ouverte qui sollicite la réflexion, on observe dans les tout premiers temps un moment de silence généralement assez court. Puisque le silence est le plus souvent gênant, l’interlocuteur a tendance à se précipiter vers un élément de réponse qui est rarement l’essentiel, ni le fond de sa pensée. Parfois, il ne s’agit d’ailleurs que d’une simple reformulation de la question. C’est ensuite qu’apparaît un deuxième moment de silence. Le « drame » de la communication se passe à cet instant précis, pendant ce deuxième moment de silence. En effet, le questionneur a tendance, ici, à reprendre la parole, le plus souvent pour poser une deuxième question ou peut-être pour apporter lui-même un élément de réponse. Dommage, car l’interlocuteur qui n’avait pas eu le temps d’aller au fond de sa pensée, cherche le plus souvent comment il peut préciser et compléter son discours. Le simple fait de laisser s’installer le silence permet au « répondeur » d’apporter quelque chose de plus en plus spécifique, ressenti, essentiel et souvent personnel.

b) Le seul silence du questionneur ne suffit pas, puisqu’il s’agit ici de mettre suffisamment à l’aise notre interlocuteur. La parole sera plus aisée si nous l’accompagnons du regard, d’un sourire, d’une synchronisation, d’une respiration. En coaching, on évitera les « ok », « d’accord », « oui », « bien sûr ».

c) Nous constatons aussi qu’il est difficile de gérer des silences supérieurs à 3 ou 4 secondes. Du coup le questionneur pose une nouvelle question (fermées dans 80% des cas et systématiquement éloignée du sens de la première question). Par exemple : « Qu’est-ce qui est important pour toi en ce moment ? »…Silence… « Est-ce que tu t’es interrogé pour savoir si »… ?

Le développement ci-dessus peut s’accompagner du schéma suivant :

Question ouverte —————-> Silence

1er élément de réponse

Silence

Axe du temps Développement

Silence

Précision

Silence

(…)

Il existe beaucoup d’autres exercices dont certains sont assez ludiques et peuvent conduire à des conclusions tout aussi intéressantes pour le coach que nous sommes. Je pense notamment aux entraînements à partir du jeu chinois du Tangram qui font travailler l’écoute en prêtant attention au langage corporel, aux expressions et gestes. Et particulièrement l’attention portée à la congruence entre ce qui est dit, ce qui est montré et ce qui est pensé. Les exercices de synchronisation sont aussi pertinents.

    6. L’expérience du coaching silencieux

Je souhaite à ce stade présenter ici le premier coaching que j’ai réalisé en souhaitant mettre en œuvre un « coaching silencieux ».

Je rencontre Claire, 45 ans, qui travaille comme juriste à Paris dans un laboratoire pharmaceutique. Claire souhaite que nous nous rencontrions parce qu’elle a comme objectif d’être plus à l’aise dans ses relations. Aujourd’hui, nous faisons notre première séance de coaching. J’ai cru « bon » d’informer Claire que volontairement et si elle l’acceptait, je marquerais particulièrement les moments de silence et je prendrai quelques notes en point de repère. Cela ne semble pas du tout déranger Claire qui ne tarde pas à se lancer.
(Claire dont ce n’est ni le vrai prénom, ni la fonction exacte, accepte que je retranscrive pour mon mémoire la trame de notre entretien. J’avais rencontré Claire chez des amis communs, nous nous tutoyons. Nous retrouvons ici les parties les plus significatives de notre échange mais le coaching en lui-même a duré environ 1H15. Mes interventions de coach ont été aussi peu fréquentes que cette retranscription le laisse montrer.)

Claire : « TOUT me pose souci » !……. « TOUT me pose problème ».

Son ton est ferme et Claire qui semble aimer plaisanter est ici très sérieuse ! Son « tout » est net et détaché du reste de la phrase.

Je regarde Claire qui est légèrement penchée vers moi. Je m’en veux de la voir installée sur la banquette, je suis dans le petit fauteuil.

Silence

Claire ne reprend pas la parole, elle attend !

Sylvie : « tout ? »

Claire : « Oui tout ! Vraiment tout ! Comment faire » ?…… » J’ai compris qu’avec toi, je n’avancerai pas sur le « pourquoi » mais peut-être sur le « comment faire pour que tout ne me pose pas souci ? »

Silence

Claire : « je voudrais avoir des conseils »…

Silence et grimaces de Sylvie. Le silence s’installe et Claire reprend .

Claire : « tout me fait peur … J’ai un sentiment d’échec »

Silence et je fais attention à me synchroniser avec Claire. Je me redresse et ouvre mes épaules.

Claire : « je me sens fatiguée » « Oh ! Bien sûr je suis capable de faire des choses….mais j’aimerais que tu me dises si toi, tu y arrives »…..

Silence et je prends garde de ne pas montrer de réponse par des expressions de mon visage.

Claire : « bien sûr j’ai des stratagèmes, et ils m’ont rendue plus forte pour affronter la vie ».

Silence

Claire : « les gens autour de moi pensent que je suis quelqu’un qui est sûre d’elle !..»

Silence

Claire : «… mais je ne suis pas sûre de moi… »

Silence

Claire : « bien sûr, j’ai eu à affronter la vie et je m’en suis sortie….en fait « je ne sais plus » !

Silence

Claire me regarde et s’arrête de parler. Elle attend. Je fais silence et me décide à prononcer quelques mots :

Sylvie : « qu’est-ce que tu ne sais plus ? »

Claire : « je ne sais plus me situer, je ne sais plus finalement quel est le regard des autres, je ne sais pas m’évaluer », « en fait, si ! Je fais mon auto-évaluation en permanence ! », « c’est fatiguant » et « ça renvoie à la performance, à être « bonne », à être bien » ! «mais je dois avoir le droit de me tromper ou de faire mal. » «sans toutes ces croyances, je suis sûre que je saurais être plus libre, plus légère et libérer ma créativité ». C’est important.

Claire s’arrête, me regarde dans les yeux. J’attends et c’est moi, qui décide après un long moment de silence de reprendre la parole :

Sylvie : «Qu’est-ce qui est important pour toi ? »

Claire : « me situer, me comparer, savoir qui je suis » « je sais que je suis pleine de contradictions »

Silence

Claire : « Je connais mes valeurs et elles sont primordiales pour moi » « j’ai confiance en mes   valeurs et je suis capable de les mettre au dessus de tout » « oui, j’ai confiance en mes valeurs ». « là-dessus j’ai confiance en moi ! »

Sylvie (sans trop attendre) : « … et en quoi encore ? »

Claire (sans hésiter) : « …et en mes réflexions sur la vie »

Silence

Claire : « je suis étonnée des forces dont je dispose, mais je ne comprends pas pourquoi j’ai toujours besoin de savoir quelle place j’occupe dans le coeur des autres »

Silence

Claire : « j’ai toujours envie de le savoir », « toi, dans un groupe, qu’est-ce qu’il te faut pour que tu te sentes bien ? »

Note : c’est LA question qu’il ne fallait pas me poser !!! C’est celle qui me « hante » ! Pas de hasard !

Silence

Claire : « mais j’ai quand même une certaine assise » « je m’en rends compte en en parlant ! » « J’ai des peurs et des fragilités, mais je suis étonnée d’exprimer aussi une forme de confiance en moi pour certaines choses » « et je ne connais personne qui n’a pas ses fragilités ».

Sylvie : « qu’est-ce que tu ressens à l’instant?»

Claire : « je me sens plus tranquille, plus apaisée, plus en accord avec moi-même »

Silence

Claire : « j’ai remis le doigt sur des fragilités, sur des choses qui ne sont pas résolues comme mon sentiment d’exclusion, mais je crois aussi que j’ai beaucoup de croyances sur moi-même. J’ai compris que j’ai aussi le droit à la différence et à être moi-même, même si je suis pleine de contradictions »

Silence

Claire : « finalement, je sais aussi être sûre de moi…. » (Les yeux de Claire semblent partir au loin dans d’autres pensées.)

Je tire de ce coaching silencieux un certain nombre de conclusions que je souhaite ici mettre en avant :

1) Je n’ai pas osé me lancer pour la première fois dans un tel coaching sans avertir ma coachée de ma démarche. J’ai cru        « bon » de la prévenir que je marquerai volontairement les temps de silence et que ce coaching avait aussi pour moi une sorte de valeur expérimentale. Je conçois qu’il sera intéressant de poursuivre la démarche sans avertissement préalable !

2) J’ai constaté que la pensée de mon interlocutrice pouvait cheminer et avancer d’elle-même devant la seule présence attentive du coach.

3) Le coaché en cheminant sans aucune intervention du coach parvient à des conclusions qu’il n’aurait pas soupçonnées au départ. Claire le confirme.

4) Faire silence de bout en bout et respecter à la lettre un coaching silencieux me paraît difficile voire infaisable. Quelques mots de relance ou questions courtes m’ont paru d’une grande utilité à quelques moments-clés.

5) J’ai senti l’importance de faire court, épuré lorsque je prenais la parole.

6) Je retrouve, ici aussi, l’idée de « faire confiance à son coaché » qui est à même de trouver les solutions qu’il recherche. Ne pas répondre à certaines questions permet d’ailleurs de ne pas endosser le rôle de sauveteur !

7) Le silence a un certain degré de « confort » et je peux imaginer qu’il est un indicateur de l’harmonie de la relation.

Cette expérience a encore mis en évidence les points suivants :

– Créer le silence, c’est pour le coach créer un réel état de silence intérieur et éviter de provoquer un remplissage quelconque.

– Interrompre ou stopper ne me paraissaient pas envisageable, mais il m’est apparu nécessaire de le faire pendant un récit long en cours d’entretien. Claire racontait une difficulté à s’intégrer dans un groupe. Je ne souhaitais pas soutenir ma coachée dans un élan verbal rassurant. J’ai senti à cet instant que l’art du coach n’est pas tant de savoir quand faire le silence que de savoir quand interrompre le flot verbal.

– Créer le silence permet au coaché de se découvrir et nous amène à renoncer à le conduire vers une décision ou une constatation rapide et/ou trop évidente ou encore vers un outil de résolution de problème.

– En faisant silence, j’ai offert un espace intime et ouvert débarrassé de mes propres intentions. Je me suis à tout prix interdit toute remarque personnelle.

– En faisant silence, j’ai pu accueillir l’expression et je n’ai sincèrement cherché ni à comprendre, ni à trier, ni à diriger, ni à structurer, ni à synthétiser.

– Faire silence m’a paru favoriser une présence simple, directe, transparente et franche tout en présentant un réel intérêt pour ma coachée.

– En prenant un minimum de place, j’ai eu le sentiment de laisser un maximum de place à ma cliente. Très clairement, meilleure est la question, plus long et plus profond est le silence.

Que puis-je faire de cette expérience et des autres expériences du même type dans mes futurs coaching ?

Un exercice avant tout :

Pour moi, coach débutante, je considère qu’il s’agit-là d’un exercice presque poussé à l’extrême, mais assez adapté à notre situation et aux objectifs de Claire. Claire pouvait avancer seule dans sa thématique. D’autres sujets managériaux, organisationnels, de travail d’équipe…peuvent supposer (à mon avis) des interventions plus pertinentes et plus nombreuses du coach sans toutefois tomber dans le revers de l’impatience à diriger le client « de façon plus efficace » !

Je n’envisage pas de faire du coaching silencieux une pratique à part entière, même si j’ai trouvé que l’expérience était assez concluante dans le cas de Claire et malgré mes quelques interventions.

    7. Quelques remords me conduisent à renouveler l’expérience

Quelques remords de ne pas être allée au bout de « l’exercice » me conduisent à renouveler l’expérience pour mettre en oeuvre un « silence total ».

J’ai besoin d’expérimenter 20 minutes de silence !

Je tente à nouveau l’expérience avec Camille, 41 ans, qui travaille dans une SSII. Je préviens Camille que nous allons faire un coaching silencieux de 20 minutes. Camille est venue avecun objectif. « Je veux avancer sur ma réflexion d’un départ possible à l’étranger avec ma famille ». Il nous faut cinq bonnes minutes pour s’assurer que l’objectif est bien celui-là et pour demander à Camille son accord concernant la prise de notes et les conclusions à paraître dans mon mémoire. Sans reprendre ici le fil du raisonnement de Camille, je souhaite en venir aux constats que nous avons pu effectuer en fin de séance :

– tout d’abord, « oui » l’objectif des 20 minutes de silence a fonctionné. Silence total de la part du coach.

– le déroulé de la pensée de Camille fait apparaître les contractions d’une pensée intérieure qui se construit (en gardant mon job je deviendrais aigrie, quelle chance de garder ce job qui me fait travailler dans d’excellentes conditions), (il y a toujours moyen de rebondir, ce sera difficile au retour de retrouver dans mes cordes)…

– plus la réflexion avance, plus les silences sont longs. Camille regarde dans le vague, fait des grimaces.

– l’une et l’autre supportons bien les temps de silence, semble-t-il.

– Camille a trouvé ce coaching « agréable » car elle a pu suivre SA pensée. SON fil conducteur.

– Elle a dit préférer que je prenne des notes plutôt que de soutenir mon regard.

– …mais …Camille est sur sa réserve : « j’aurais aimé que des pistes soient creusées, que l’on soit plus dans l’échange, que je sois encouragée, que l’on me guide vers une piste que je n’ai pas vue ».

– Camille admet qu’elle a gagné en sérénité, qu’elle doit travailler sur le lâcher-prise et elle souhaite être moins impatiente. La décision sera prise en temps voulu.

– de mon côté, j’ai repéré des passages ou j’aurais pu efficacement accompagner Camille : « j’ai deux peurs, recréer un réseau d’amis et le retour en France, je ne sais pas si je saurai gérer… ? ».

– quand Camille scandait son discours de « voilà » évoquant la fin de sa réflexion, elle repartait en fait facilement dans de nouveaux développements. Par contre, lorsqu’elle a machinalement ôté sa barrette et lâché ses cheveux puis joué avec sa barrette, je sentais intuitivement que Camille n’avait plus rien à ajouter…et ce fut le cas. -nous avons poursuivi notre échange ensuite, sous un mode coaching autorisant mon questionnement sur des ressentis où il apparaissait que décider ou ne pas décider étaient tous deux facteur d’angoisse la conduisant une fois de plus au constat qu’il serait bon « d’attendre sereinement, alors que le départ n’est aujourd’hui encore qu’une hypothèse».

– j’apprécie l’ « exercice », j’en vois incontestablement les avantages mais il y aurait un manque de naturel dans cette relation et Camille semble le confirmer : nous concluons toutes les deux que le silence libère la pensée du coaché qui ressent aussi le besoin de se sentir plus activement accompagné !

Quelques jours plus tard, Camille me confiait que la discussion familiale avait repris de plus belle, suite au coaching, et que chaque membre de la famille, dont les enfants, avaient exprimé des points de vue nouveaux et constructifs.

     8. Le silence, technique de base du coaching

Je souhaite continuer à pratiquer pour bien ressentir et constater les effets bénéfiques du silence et de l’écoute active. Cette technique relativement basique n’en reste pas moins une les techniques les plus difficiles à mettre en oeuvre. Il m’importe d’être vigilante sur les techniques de base (la posture relationnelle du coach qui se centre non sur le contenu du dialogue du client, mais plutôt sur les indicateurs qui permettent de définir le potentiel et les limites de son cadre de référence, le langage corporel, le contact visuel, la synchronisation, les ponctuations verbales, la répétition des mots-clés, le renforcement positif, les validations et permissions, les reformulations, les images et métaphores…). Et il m’importe aussi de trouver parallèlement une forme de liberté et un style qui m’appartiennent. Et ce, conformément à la déontologie et à l’essence même du coaching tel qu’il m’a été enseigné dans ma formation HEC.

Quels freins conscients ou inconscients peuvent encore agir empêchant de pratiquer le silence ?

Je pense aux freins du type « petites voix intérieures » :

– si je fais le silence, que va-t-il (mon coaché) penser de moi ?

– il attend certainement que je dise quelque chose… !

– si j’étais vraiment compétente, j’aurais tout de suite dit la chose adéquate !

A nous de ne pas nous laisser envahir par cette voix et de la faire cesser. Il est possible aussi j’imagine d’évoquer la question du silence avec son coaché si l’on a le sentiment qu’il peut gêner l’un ou l’autre lors des rencontres. Dans le cadre des coaching par téléphone, sans avoir pratiqué je suis sceptique sur la faisabilité d’un coaching silencieux sauf à avoir un coaché relativement « mature, lucide et prolixe »!

En plus de ces petites voix intérieures il y a une véritable raison culturelle qui rend le silence difficile à gérer. Oliver Rathkolb (2004) la décrit dans une étude sur la rhétorique orientale dont voici un extrait : « dans l’Orient ancien (…), le silence était plus respecté que craint ( …). L’Asie a toujours reconnu et accepté le silence, alors que l’Occident a toujours eu tendance à le considérer comme un désagrément sur le plan social… ».

    9. Un « se » qui appelle le silence

Cette expérience m’a montré aussi qu’en tant que coach je me sentais à l’aise dans cette mise en oeuvre d’un silence actif par ailleurs, responsabilisant pour le coaché parce qu’il permet de se chercher, se développer, s’épanouir, se sonder, se trouver, se définir, s’écouter, s’élargir, se déployer, s’aventurer, se conjuguer avec ses propres pensées, ses émotions, ses connaissances, ses projets, ses solutions.

Ayant commencé avec Maurice Maeterlinck, qu’il me soit donné de conclure avec lui « Dès que nous avons vraiment quelque chose à nous dire, nous sommes obligés de nous taire.

Le silence est bruissant de paroles intérieures. »

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